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Surveiller et punir : quand l’Abbaye devint prison

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Le 3 Août 1814, la maison-centrale de Fontevraud s’ouvre, prête à recevoir ses 500 premiers condamnés : hommes, femmes et enfants. Au fil des ans, la prison accueille des détenus au statut pénal divers, droit commun ou politique. Après sept siècles de vie monastique, une nouvelle histoire s’écrit dans les murs de l’Abbaye de Fontevraud.

 

La reconversion de l’Abbaye

Après le départ des religieuses en 1792, l’Abbaye subit le saccage des habitants : pierres, bois, et carreaux des toitures disparaissent. La commune parvient malgré tout à faire cesser le pillage en fermant les portes de la clôture. Mais il devient urgent de trouver une vocation à l’édifice, sérieusement menacé. Plusieurs propositions sont avancées : aménager l’ancienne abbaye en hospice, en fabrique de toile à voiles ou bien en maison de détention.

Détenus travaillant
© Fonds CRHCP / ENAP–CRHCP

 

Une maison de détention et de travail

En 1801-1802, Chaptal, ministre de l’Intérieur, organise le système pénitentiaire : le budget des prisons est réduit et les détenus doivent améliorer leur sort par le travail. Le projet de conversion de l’abbaye en prison fait l’unanimité et répond à un triple objectif : rendre effective la réforme pénitentiaire de 1791, enfermer le surplus de prisonniers, et tenter de résoudre en partie les difficultés économiques. Cette politique est facilitée par la disponibilité de grands biens nationaux comme les abbayes et les châteaux. Au cours du 19e siècle, Fontevraud devient la manufacture carcérale la plus importante de France après celle de Clairvaux.

 

La centrale pénitentiaire la plus dure de France

Emprisonner un individu en le privant de sa liberté d’aller et venir selon son gré l’exclut aussi de toute vie sociale : il ne peut plus accéder à la presse, son courrier est lu, ses visites limitées, et il lui est interdit de discuter avec un autre détenu afin d’éviter tout risque de corruption. La discipline est stricte : selon le règlement des ateliers du 16 Septembre 1816, aucun détenu, sauf maladie prouvée, n’est dispensé de travailler. En outre, les condamnés doivent obéir en silence, et toute désobéissance est punie soit par le cachot, soit par la salle de correction. Au sein de cette dernière, les détenus doivent parcourir 25 kilomètres par jour, au pas cadencé, et sans chauffage.

De cette abbaye devenue bagne, Jean Genet, dans son Miracle de la rose, écrit : « De toutes les centrales de France, Fontevrault est la plus troublante. C’est elle qui m’a donné la plus forte impression de détresse et de désolation, et je sais que les détenus qui ont connu d’autres prisons ont éprouvé, à l’entendre nommer même, une émotion, une souffrance incomparables ».

Salle de discipline
© Fonds CRHCP / ENAP–CRHCP
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