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La salle capitulaire ou la gestion collective de l’Abbaye Royale

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A l’Est du cloître, la salle capitulaire est imposante par ses dimensions – 19, 50 mètres sur 11 – et ses décors peints qui fixent à jamais les portraits de ses grandes abbesses : une salle qui tenait un rôle central dans la conduite collective des affaires de la communauté.

 

Une architecture spécifique

La communauté de l’Abbaye Royale se rassemble dans la salle capitulaire, à l’architecture spécifique : ses voûtes basses décrivent le sens horizontal de la relation à Dieu (le temporel), alors que l’abbatiale aux hautes voûtes représente la relation verticale à Dieu (le spirituel). La salle ouverte sur le cloître par deux fenêtres situées de part et d’autre d’un portail sur lequel on peut lire la date de (re)construction de cette salle : 1542, sous l’abbatiat de Louise de Bourbon. Cela permet à celles qui restent à l’extérieur, notamment parce qu’elles n’ont pas « voix au chapitre » (novices et professes), d’être informées des débats et délibérations.

A l’époque, la chaire de l’abbesse ou de la grande prieure est disposée dans l’axe du portail. Les moniales prennent place dans des salles aménagées sur trois côtés de la salle, sur des banquettes de bois installées sur deux niveaux, jusqu’à la base des dix peintures murales posées sur lambris. Sur le mure ouvert sur le cloître, les lambris font place à un décor de semis de lys sur fond bleu.

L’espace « démocratique » monastique

Tous les jours, après l’office de prime (premier office du jour), les moniales assistent ici à la lecture commentée de chapitres de la Règle monastique, d’où le nom donné à la salle. Le livre de la Règle est posé sur un lutrin au centre de la pièce. On y tient également le « chapitre des coulpes » : chaque semaine, les moniales se présentent devant l’abbesse et confessent publiquement leurs fautes et manquements à la Règle. En cas de faute grave, la moniale qui a failli est enfermée au cachot, « sustentée du pain de douleur et de l’eau de tristesse ».

C’est aussi dans la salle capitulaire que s’organise la parole : les affaires de l’Abbaye Royale y sont traitées en assemblée, en « chapitre ». la gestion matérielle, l’intendance, la distribution des tâches pour la semaine ou le mois y sont évoqués… C’est là encore qu’ont lieu les élections de l’abbesse et des différentes officières : cellerière, boursière, chantre, etc. La salle du chapitre est bien le cœur de la gestion collective de l’Abbaye Royale.

Grand Moutier, entrée de la salle capitulaire vue depuis le cloître

L’esprit et les abbesses de Fontevraud en peintures

Le décor peint de la salle capitulaire, réalisé entre 1562 et 1567, résume l’esprit fontevriste : la liturgie emplie de mémoire du sacrifice du Christ, dans une iconographie dite doloriste. La scène essentielle, La Crucifixion, est positionnée dans l’axe de la salle et du cloître. C’est au pied de cette scène majeure que siège l’abbesse en chapitre.

Les peintures mettent en scène les abbesses de Fontevraud. Louise de Bourbon demande ainsi au peintre Thomas Pot, vers 1570, d’exécuter son portrait dans La Crucifixion, en pendant de celui de sa tante Renée. Ce sont les deux seuls portraits contemporains de l’exécution de ces peintures.

Cette représentation de portraits de famille est également un manifeste du rôle joué par l’Abbaye Royale et plusieurs générations de femmes de la maison de Bourbon dans la réforme des ordres monastiques aux 16e et 17e siècles. Ces portraits d’abbesses imposent un message politique fort : la gloire des Bourbon, rappelée aux moniales mais aussi aux visiteurs masculins, prêtres et prieurs, confesseurs et évêques…

La salle capitulaire après les abbesses

Au début de la période pénitentiaire, la salle du chapitre devient un magasin pour les vivres. Après 1860, elle sera transformée en prétoire pour l’exercice de la discipline carcérale. La salle sera enfin un dépôt lapidaire à partir des années 1930 et jusqu’à la fin de la période pénitentiaire. Au fil du temps, les peintures, et la salle capitulaire elle-même, ont souffert : des portes ont été percées sur les murs nord et sud de la salle, dégradant la base de trois tableaux. Différentes phases de restauration ont eu lieu, sollicitant parfois des prisonniers. Lors de la réfection des culots sculptés et du dallage entre 1866 et 1868, le directeur fait inscrire ses initiales sur la clé de voûte au-dessus du porche (JC pour Joseph Christaud).

Un premier chantier de restauration des peintures est lancé en 1952, puis un deuxième en 1968. D’autres restaurations sont réalisées entre 1978 et 1984, puis entre 1990 et 1991. En Janvier 2015, une expertise révèle de nouvelles dégradations.


Les abbesses

Sur les 19 portraits restant, 16 ont pu être identifiés. Outre Louise et Renée de Bourbon dans La Crucifixion, on trouve Jeanne-Baptiste et Isabeau de Bourbon dans La Déposition, Louise de Bourbon-Lavedan dans La Mise au tombeau, Louise de Bourbon-Montpensier dans L’Ascension, Jeanne et Renée de Lorraine dans La Pentecôte, Marie-Madeleine Gabrielle de Rochechouart, Marie-Françoise et Charlotte de Bourbon dans La Dormition de la Vierge, Eléonore de Bourbon et Marie Gabrielle Eléonore de Bourbon-Condé dans La Cène, Renée de Bourbon et Louise Françoise de Rochechouart dans Le Baiser de Judas, Catherine et Madeleine de Bourbon dans La Flagellation. Dans La Déposition, l’abbesse de droite n’est pas identifiée, de même que le personnage de La Résurrection.

Gabrielle De Rochechouart
Gabrielle De Rochechouart de Mortemart, détail de La Dormition de la Vierge

 

Article à retrouver dans Fontevraud Le Magazine n°2

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